Planche 01 · Les tirages

Les tirages
Chaque tirage, décrit feuille par feuille
Une affiche ou une estampe sortie de l’atelier est accompagnée d’une fiche. Elle dit le format, le papier et son grammage, le nombre de couches, les encres, la taille de l’édition — et ce qui distingue l’exemplaire que vous recevez de son voisin dans la pile.
Planche 02 · La fiche

La fiche
Ce que dit une fiche de tirage
Le format est donné en centimètres, hauteur par largeur, feuille rognée. Les formats courants de l’atelier vont de la petite estampe qui tient dans un passe-partout standard jusqu’à l’affiche de grand format ; le format exact est celui de la feuille, pas celui de l’image, qui garde une marge blanche sur ses quatre côtés pour recevoir la mention au crayon.
Le papier est nommé par sa nature (coton, cellulose pure, mélange), son grain (satiné, fin, vergé) et son grammage en grammes par mètre carré. Le grammage vous dit ce que la feuille pèse et laisse deviner sa tenue : une affiche sur un papier lourd se roule sans plier et s’encadre sans onduler ; un papier plus léger prend mieux le relief d’une gravure sous la presse.
Le nombre de couches est le nombre d’écrans passés sur la feuille. Chaque couche est une couleur, posée l’une après l’autre, avec un temps de séchage entre deux passages. Une affiche en trois couches a donc été manipulée trois fois, calée trois fois, séchée trois fois. Pour une linogravure, on parle plutôt de passages sous la presse : un pour un noir, deux pour une estampe en deux tons.
Les encres sont nommées par leur nature. L’atelier imprime à l’encre à l’eau, en base acrylique, ce qui donne des aplats mats et un séchage à l’air. Quand une couleur est mélangée à l’atelier, la fiche le dit ; quand elle sort du pot telle quelle, la fiche le dit aussi.
La taille de l’édition est le nombre total d’exemplaires tirés et conservés. Elle est fermée quand la série est finie et que l’écran est dégravé ou le bloc rangé ; elle ne rouvre pas. Les épreuves d’atelier et les tirages d’essai sont comptés à part et ne rentrent pas dans ce nombre.
- Objet
- Affiche sérigraphiée, trois couches
- Format
- Feuille rognée, grand format, marges blanches
- Papier
- Papier de création, grain fin, blanc naturel, grammage lourd
- Encres
- Encres à l’eau ; deux couleurs mélangées à l’atelier, une sortie du pot
- Édition
- Fermée ; rang de l’exemplaire au crayon sous l’image
- Particularité
- Calage de la deuxième couche décalé d’une fraction de millimètre vers la droite
Planche 03 · Exemplaires

D’un exemplaire à l’autre
Ce qui distingue une feuille de sa voisine
Un tirage à la main n’est pas une photocopie. Entre le premier et le dernier exemplaire d’une édition, plusieurs choses bougent, et nous préférons les nommer plutôt que de faire comme si elles n’existaient pas.
La densité de l’encre. Au fil de la série, l’écran se charge et se décharge ; la racle est tenue par une main qui fatigue. Un aplat peut être un peu plus couvrant sur les premières feuilles, un peu plus velouté sur les dernières. Sous la presse, la même chose se joue avec le rouleau : un bloc de lino encré en fin de série donne un noir légèrement plus sec.
Le calage. Chaque couche est repérée sur la précédente à l’aide de marques de repérage. À la main, le repérage tient à une fraction de millimètre, pas au centième. Un léger décalage entre deux couleurs fait apparaître un fin liseré : nous le mentionnons sur la fiche quand il est visible à l’œil.
Le papier lui-même. Deux feuilles d’une même rame n’ont jamais exactement le même grain. Sur une gravure, le foulage — l’empreinte du bloc dans le papier — varie avec la pression et l’humidité du jour.
Le rognage et la mention. Chaque feuille est rognée à la main après séchage complet ; la mention au crayon est portée exemplaire par exemplaire. Deux mentions ne sont jamais identiques au trait près.
Ces différences font partie de l’objet. Elles ne sont ni des défauts à cacher, ni des raretés à monnayer : ce sont les marques d’une feuille passée entre des mains. Quand une différence dépasse ce que nous jugeons acceptable pour l’édition, la feuille sort de la série et devient une épreuve d’atelier, vendue comme telle et décrite comme telle.
Planche 04 · Épreuves
Épreuves
Tirages d’essai et épreuves d’atelier
Avant la série, il y a les essais : une couche passée sur un papier de mise en train pour vérifier le passage de l’encre, une feuille de calage pour poser la deuxième couleur, une épreuve de pression pour régler la presse. Pendant la série, quelques feuilles s’écartent trop de l’ensemble et sont mises de côté. Toutes ces feuilles sont des épreuves d’atelier.
Nous les vendons, parce qu’elles sont souvent belles et parce qu’elles racontent le procédé mieux qu’un texte. Mais nous les vendons pour ce qu’elles sont : la fiche porte la mention « épreuve », décrit l’écart (une couleur manquante, un calage franchement décalé, un papier différent de celui de l’édition, une tache d’encre dans la marge) et ne leur attribue aucun rang dans la série. Une épreuve n’est pas un exemplaire numéroté vendu moins cher ; c’est un autre objet.
Planche 05 · Limites
Ce que nous n’affirmons jamais
Ni valeur, ni cote, ni perspective de revente. La fiche d’un tirage décrit une feuille de papier, ses encres et sa place dans une édition ; elle ne dit pas ce que cette feuille vaudra demain, et nous ne le disons pas non plus. Nous ne délivrons aucun certificat et n’authentifions rien. Si vous cherchez un placement, ce n’est pas ici ; si vous cherchez une affiche imprimée à la main, décrite honnêtement, c’est ici.