Planche 01 · Méthode

Atelier et méthode
Le déroulé d’un tirage, de l’écran au rognage
Une affiche sérigraphiée passe par une dizaine de gestes avant d’être une affiche. Les voici dans l’ordre, avec ce qui peut bouger à chaque étape — et pourquoi deux tirages de la même image ne sont jamais tout à fait la même couleur.
Planche 02 · Déroulé

Sérigraphie
Une affiche, couche après couche
- L’écranUn cadre tendu d’un tissu à mailles fines. Le nombre de fils au centimètre choisit ce que l’écran laissera passer : une maille ouverte pour un aplat couvrant, une maille serrée pour un trait fin ou une trame. Chaque couleur de l’affiche aura son écran.
- L’émulsionL’écran est enduit d’une émulsion sensible à la lumière, dans une pièce sombre, puis séché à plat. La couche doit être régulière : trop mince, elle laisse fuir l’encre ; trop épaisse, elle mange le détail.
- L’insolationLe film de la couleur, dessiné en noir opaque, est posé sur l’écran, et l’ensemble est exposé sur la table d’insolation. Là où le film cache la lumière, l’émulsion reste tendre ; ailleurs, elle durcit. Le temps d’exposition se règle à l’essai, pas au chronomètre seul.
- Le dépouillementÀ l’eau, l’émulsion non durcie se rince et libère la maille : l’image est ouverte dans l’écran. On vérifie à contre-jour que chaque trait passe, puis on sèche.
- Le calageL’écran est fixé sur la table de tirage, la feuille est posée contre trois butées, et des repères de calage — de petites croix dans des cercles, comme celles qui bordent cette page — permettent de placer chaque couche exactement sur la précédente. C’est l’étape la plus lente et celle qui décide de tout.
- La première épreuveL’encre est déposée en cordon sur l’écran, puis tirée à la racle, d’un seul geste, à angle et pression constants. La première feuille est regardée de près : couverture, netteté du bord, calage. Si quelque chose cloche, on corrige avant de lancer la série. Cette feuille finit souvent épreuve d’atelier.
- La sérieChaque feuille est tirée, puis mise sur la claie de séchage. Le geste se répète autant de fois qu’il y a d’exemplaires, et la main apprend l’écran au fil de la série. C’est là que la densité de l’encre bouge légèrement du premier au dernier tirage.
- Le séchageUne encre à l’eau sèche à l’air, à plat, sur des claies. On ne pose pas la couche suivante avant que la précédente soit sèche au toucher et stable au cœur : un aplat encore humide tache l’écran suivant et fait gondoler la feuille.
- Les couches suivantesOn recommence au calage pour chaque couleur. Une affiche en quatre couches a donc été calée quatre fois, tirée quatre fois et séchée quatre fois, avec les mêmes repères pour guide.
- Le rognageUne fois la dernière couche sèche, les feuilles sont rognées à la main, au format de la fiche, en gardant une marge blanche autour de l’image. La mention au crayon est portée sous l’image, exemplaire par exemplaire ; l’écran est ensuite dégravé et l’édition est fermée.
Planche 03 · Linogravure

Linogravure
Un bloc, une gouge, une presse
La linogravure suit une autre logique : on n’ouvre pas une image dans une maille, on la creuse dans une plaque. Le motif est reporté au crayon sur le bloc de lino, à l’envers, puis tout ce qui doit rester blanc est enlevé à la gouge. Ce qui reste en relief prendra l’encre. Le bloc est encré au rouleau, en couche fine et régulière, la feuille est posée dessus, et l’ensemble passe sous la presse.
Pour une estampe en deux tons, on grave soit deux blocs, soit un seul bloc que l’on creuse davantage entre les deux passages — auquel cas l’édition est définitivement close, puisque le bloc du premier ton n’existe plus. La fiche précise laquelle des deux méthodes a été suivie.
Sous la presse, la pression laisse le foulage : l’empreinte du bloc, légèrement enfoncée dans le papier. Il est plus marqué sur un papier coton humide que sur une feuille sèche et lourde. Nous le laissons visible ; c’est la preuve du passage.
Planche 04 · Variations

Variations
Pourquoi une couleur bouge d’un tirage à l’autre
On nous demande souvent pourquoi l’affiche reçue est un peu plus chaude, ou un peu plus dense, que celle vue en photographie. La réponse tient en quelques causes, toutes ordinaires.
Le mélange. Une couleur composée à la plaque, au couteau, se refait à chaque pot. Nous notons les proportions, mais une pesée à la cuillère n’est pas une pesée au laboratoire ; deux pots se ressemblent sans se confondre.
L’écran et la racle. La tension du tissu, l’angle de la racle et la pression de la main changent la quantité d’encre déposée. Une même encre, poussée plus fort, donne un aplat plus couvrant et un bord un peu moins net.
Le papier. Une rame n’a jamais tout à fait la même teinte que la précédente, et le blanc du papier participe à chaque couleur posée dessus, surtout aux encres claires.
L’air de l’atelier. Chaleur et humidité changent la vitesse de séchage de l’encre sur l’écran ; un jour sec, il faut tirer plus vite, et la couleur s’en ressent.
La photographie. Enfin, l’image que vous voyez sur un écran est une lumière émise ; l’affiche est une lumière réfléchie par du papier. Les deux ne se ressemblent jamais exactement, quelle que soit la qualité de la photographie.
C’est pour cela que la fiche d’un tirage décrit la couleur avec des mots, en plus de la montrer, et que nous signalons les écarts visibles à l’œil avant que vous confirmiez une réservation.